SONKO ERDOGAN : Au service de leur Nation
Il y a des personnes qui vous rappellent tellement votre propre histoire qu’elles vous sont naturellement sympathiques. Vos rencontres, vos échanges ou encore vos affaires ne se limitent pas seulement aux us protocolaires mais plutôt au feeling qui vous lie. C’est le sens de la relation entre Ousmane Sonko et Recep Tayip Erdogan. Deux leaders charismatiques qui ont des similitudes de parcours et de croyances et de patriotisme.


Loin du paternalisme ou du mentorat des anciens sur les plus jeunes, leur relation ressemble plus à de l’admiration mutuel. Le « Reis » voit en Sonko sa propre personne, il y a 20 ans, alors que le « Patriote » voit en Erdogan une source d’inspiration politique et diplomatique qui a su conduire son pays au centre de la géopolitique économique et militaire du monde actuelle.
Le parcours politique de Recep Tayip Erdogan est similaire à celui d’Ousmane Sonko. D’abords attirés par le football et la religion, ils vont tous les deux virer vers la politique en embrassant un courant qui défend les intérêts de la nation en premier.
Jeune diplômé universitaire Erdogan fourbit ses armes avec le Parti du salut national. Formation politique avec laquelle il devient maire d’Istanbul en 1994. Charismatique, orateur hors pair qui se réclame de la couche populaire turque venue dans la capitale économique pour mieux gagner sa vie, il a un écho favorable au sein de la jeunesse Turque qui peine encore à comprendre le refus de l’Union Européenne à leur ouvrir leurs portes. Qu’à cela ne tienne, le maire d’Istanbul promet une Turquie debout, une Turquie fière de son histoire qui a les moyens de jouer un rôle majeur dans la marche du monde. Un discours, tout ce qu’il y a de plus simple mais qui accroche autant la jeunesse qui rêve d’un avenir plus radieux identique à celui des émigrés turcs d’Allemagne, que les couches les moins aisées qui s’accrochent à la religion pour ne pas sombrer.
Le jeune énarque inspecteur des impôts qui n’a pas peur de ses idées s’est fait radier de la fonction publique pour un ensemble de critiques écrites à l’endroit du régime de Macky Sall en place au Sénégal depuis 2009. Cet acte va le libérer de son devoir de réserve sur certains aspects politiques et économiques du pays et lui permettre d’étaler toute sa palette intellectuelle sur les plateaux de télévision et les réseaux sociaux. Ses apparitions sont scrutées par les jeunes et la diaspora. L’usage des réseaux sociaux comme outils d’échanges direct avec les Sénégalais va l’aider à toucher directement les électeurs qui vont faire de lui un député en 2017. Du haut du pupitre l’Assemblée Nationale il va devenir l’empêcheur de tourner de rond dans l’hémicycle et le révélateur de scandales économiques qui vont faire trembler toute l’administration « APRiste » pendant 5ans.
La prison : La rançon de la popularité
La trajectoire ascendante des comètes politiques est à l’origine d’un deuxième point de ressemblance entre Erdogan et Sonko. En effet, après son élection à la tête de la mairie d’Istanbul Recep Tayip continue de drainer des foules et promet de lutter fermement contre la corruption et les dérives de la société occidentalisée de la bourgeoisie turque déconnectée des réalités du bas peuple. Ce discours capte encore plus de monde et surtout a un impact sur les partis islamistes. Souvent interdits ou ostracisés, les partis se référant à l’islam en Turquie ne sont pas bien vu même si avec la montée de la pratique religieuse la classe moyenne turque est tentée de suivre cet appel qui est, selon elle : le seul moyen de lutter contre les détournements et autres malversations financières qui retardent l’avancée économique du pays ». Le populaire maire devenu député de la majorité avec son parti l’AKP a franchi la ligne rouge pour le pouvoir en place. Une affaire de proclamation d’un poème du nationaliste turc Ziya Gökalp est pris comme prétexte pour le priver de toute chance d’éligibilité comme Premier ministre. Il soutient la candidature de son ami Abdullah Gül qui occupe le poste de chef du gouvernement. Pour sauver le projet commun de transformation de l’ex empire Ottoman, il accepte de faire triompher son ami qui partage avec lui les mêmes principes et la même vision.
Ce discours d’homme de valeur, de « monsieur propre » revient chez Ousmane Sonko qui a fait de son intégrité un élément de distinction avec la classe politique traditionnelle. « On peut faire toutes les enquêtes du monde, on ne pourra rien me reprocher dans tout mon parcours administratif aux impôts. Même pas 50 FCFA. Je n’ai jamais détourné, je n’ai jamais volé et si les Sénégalais me font confiance, c’est comme cela que je dirigerais le pays ». Cette phrase est devenue un identifiant pour le jeune politicien qui à travers la presse et les réseaux sociaux surfe entre révélations de pratiques irrégulières de membres du régime au niveau de certaines régies financières et soupçons d’enrichissement illicite grâce aux deniers publics. Le discours passe chez les jeunes et dans la diaspora. Ousmane Sonko, leader du Pastef, le parti politique qui porte sa candidature, termine au pied du podium lors de l’élection présidentielle de 2019. Il est une réalité politique montante. Son âge et son charisme commencent à lui valoir de petites comparaisons avec Thomas Sankara du Burkina Faso. Dans la perspective d’une prochaine joute électorale présidentielle où le président en place ne sera pas candidat à un troisième mandat, le candidat arrivé deuxième avait exprimé sa volonté de ne plus se présenter à une nouvelle élection présidentielle après 2019 s’il n’était pas élu, Ousmane Sonko devenait, de fait, le favori, 5 ans avant l’élection. Il fallait le casser, et le plus tôt possible, pour les faucons du Palais, « avant que cela ne soit trop tard ». Même si l’invalidation da la partie de la liste sur laquelle il concourait pour un second mandat de député, ne peut, pour le moment, être imputée au régime de Macky Sall, l’affaire Adji Sarr de son côté l’est. Cependant, il a su déjouer le piège de l’inéligibilité qui lui pendait au nez, en s’arrangeant pour être jugé par contumax. La volonté se manifeste de le priver de toute possibilité de participer à la prochaine élection présidentielle est restée intacte chez les tenants du pouvoir qui ont profité de la perte de son immunité parlementaire pour lui intenter un procès en diffamation et réclamer urbi et orbi une peine qui le rendrait inéligible. Désir que la justice va satisfaire en Appel avec une condamnation à 6 mois de prison avec sursis et 200 000 000 FCFA de dommages à payer à Mame Mbaye Niang. Ce verdict, s’il était confirmé en dernière instance, pouvait le rendre inéligible, mais ne le privait pas de sa liberté de mouvement. Une possibilité qui n’enchantait pas trop le régime de Macky Sall qui avait subi, quelques mois auparavant les dommages d’une campagne électorale avec Sonko en liberté. En effet, il était devenu maire de Ziguinchor et sa coalition Yeewi Askan Wi avait obtenu le même nombre de députés que celle du président Macky Sall, Beeno Book Yakaar avec 82 députés pour chaque coalition. Le 28 juillet 2023 Ousmane Sonko est arrêté et mis en prison. Il ne sortira des liens de la détention que le 8 mars 2024. Il bénéficie avec son ami candidat à la présidentielle du 24 mars 2024 Bassirou Diomaye Diakhar Faye d’une loi d’amnistie proposée et votée par Macky Sall pour apaiser le climat politique tendu qui règne au Sénégal selon l’exposé des motifs. Pour le triomphe du projet commun de transformation du Sénégal, Sonko accepte de faire triompher son ami fondateur du parti avec qui ils partagent les mêmes principes et la même vision.
Une seule option : La réussite
Le triomphe d’Erdogan repose sur une politique volontairement endogène avec comme objectif nourrir le pays par ses enfants, les soigner et leur trouver du travail grâce au génie national. Pour réussir son projet, il fait plusieurs réformes qui facilitent le retour de la diaspora allemande et américaine tout en leur promettant de sécuriser leurs investissements. Il soutient surtout les secteurs de l’innovation, de la défense ou de l’industrie lourde pour faire émerger des champions nationaux capables d’exporter le savoir-faire turc. Aujourd’hui, malgré une forte inflation, la Turquie est devenue un hub logistique pour l’Union Européenne qui profite des facilités d’investissements du pays pour y délocaliser une partie de son industrie de l’électronique. Les entreprises turques sont présentes partout dans le monde, surtout en Afrique. Sur le plan militaire, grâce au soutien du gouvernement, le complexe militaro industrielle turque rivalise avec les superpuissances de ce monde. Le drone Bayraktar est devenu l’image de marque d’une Turquie souveraine et indépendante capable de projeter une puissance de feu partout dans le monde. Cette indépendance militaire permet à la Turquie de mener une diplomatie à géométrie à la carte.
Le défi pour Ousmane Sonko sera de faire comme le président turc : créer et accompagner des champions nationaux capables de porter des filières industrielles maîtrisées de bout en bout. Dans l’agriculture, dans la technologie, les industries extractives comme dans les hydrocarbures, le Sénégal a besoin de grandes entreprises locales. Il a proposé pour y arriver, un Plan de Relance Économique et Social (PRES) qui repose sur trois piliers fondamentaux : la souveraineté économique, l’équité sociale et la rationalisation de la dépense publique. Il s’articule autour de mesures concrètes telles qu’une réforme fiscale axée sur une meilleure justice contributive, la relance de l’agriculture et de l’industrie locale, le renforcement du secteur informel, la priorité à l’emploi des jeunes et des femmes, la lutte contre la vie chère et les inégalités territoriales.




