ENCADREMENT DES MOTOS-TAXIS: L’engagement des «jakartamans » laisse à désirer
Les motos-taxis, communément appelées « Jakarta », jouent un rôle crucial dans le transport urbain au Sénégal. Cependant, leur prolifération a suscité des préoccupations en matière de sécurité routière et de criminalité, incitant les autorités à mettre en place diverses réglementations.
Des efforts sont en cours pour formaliser le secteur des motos-taxis, incluant des procédures de régularisation et l’obtention de permis de conduire appropriés. Cependant, ces démarches engendrent des coûts jugés élevés par les conducteurs. Des conducteurs ont organisé des grèves dans plusieurs localités du pays pour protester contre des frais de régularisation jugés excessifs. Le 8 janvier 2025, à Sédhiou, les Jakartamans ont observé une grève pour protester contre les coûts élevés liés à la régularisation de leurs véhicules. Ils ont organisé une marche pacifique à travers la ville, interrompant temporairement le service de transport urbain. Les manifestants ont indiqué que les frais de régularisation, peuvent dépasser 200 000 F CFA pour le permis de conduire. Un montant disproportionné par rapport aux revenus modestes des conducteurs. Ils ont sollicité un soutien de l’État pour alléger ces charges financières. À la même date, à Kaolack, d’autres conducteurs de moto-jakarta ont exprimé leur colère en brûlant des pneus et en parcourant les rues principales de la ville. Les manifestations ont entraîné des perturbations significatives à Kaolack, mettant en lumière la nécessité d’un dialogue entre les autorités et les conducteurs de motos-taxis.
Cependant pour Assane Djigal chargé de communication de la fédération nationale des motos-taxis du Sénégal, c’est une décision à saluer. Pour lui, il ne devrait pas y avoir de polémique. « Les cartes grises et les plaques d’immatriculation permettent d’assainir le milieu. L’Etat du Sénégal nous a fait une faveur en nous donnant l’opportunité de tout mettre en ordre avec 28 000 F CFA. Que les récalcitrants se le tiennent pour dit, qu’ils le veuillent, ou pas, on va le faire », ajoute-t-il, précisant qu’il faut être bon citoyen pour adhérer à cette mesure. Toutefois, M. Djigal de mentionner que les délais de trois mois sont trop courts pour se conformer à la mesure. Il demande aux autorités un rallongement en attendant d’éventuelles concertations avec les concernés pour une régularisation effective. Quant aux manifestations notées dans certaines localités, il dit que la majeure partie n’est pas considérée comme faisant partie des vrais acteurs « elle ne dépend pas des motos-taxis pour vivre, celui qui gagne sa vie à partir des motos-jakarta ne serait jamais dehors pour manifester ». Pour lui le plus important, c’est de dire merci et d’aller muter les motos.
Le président de la fédération nationale des motos-taxis du Sénégal, embouche la même trompette. Samba Coumba Samb salue l’initiative qui, pour lui, permet d’identifier les motos et de renforcer la sécurité. Cependant, il parle d’un manque de communication entre l’Etat et les principaux concernés. Il pense qu’il devrait y avoir des préalables à l’entrée en vigueur du règlement. Des informations précises sur le montant demandé et sur les démarches. « Par exemple entre les taxes au niveau de la douane et les 28 000 F CFA demandés, ça fera un total de plus de 60 000 F CFA. Il est nécessaire de préciser que la circulaire qui est sortie indiquant la gratuité de la réglementation n’est pas sincère. La réalité est que les démarches au niveau des différents sévices de l’état nécessitent beaucoup de dépenses. Et je ne parle pas des lenteurs administratives qui peuvent faire perdre à un « goorgorlu » sa journée ». Il revient sur le prolongement des délais et invitent ses pairs à participer à la lutte contre les violences.
Les autorités administratives, quant à elles, justifient ces mesures par la nécessité d’améliorer la sécurité routière et mieux encadrer une activité en pleine expansion. Cependant, l’absence de dialogue entre les parties prenantes complique la recherche de solutions consensuelles.
UN PLAN D’ENCADREMENT AMBITIEUX
Pour les autorités étatiques, l’encadrement des motos-taxis au Sénégal nécessite une démarche globale impliquant des aspects législatifs, administratifs, techniques, et socio-économiques. Partant d’un cadre juridique avec la création d’une réglementation spécifique en définissant les règles encadrant l’exploitation des motos-taxis (permis d’exploitation, âge minimum des conducteurs, normes de sécurité, zones d’activité, etc.). Pour mieux les identifier, elles jugent nécessaire d’imposer une immatriculation des motos utilisées comme taxis. Le code de conduite est aussi nécessaire pour nos gouvernants afin de développer un code de déontologie pour les conducteurs, avec des obligations en matière de comportement et de sécurité. Il y a aussi la mise en place d’un mécanisme d’autorisation avec l’exigence d’un permis délivré par les autorités ou une agence dédiée.
La politique gouvernementale dans ce secteur du transport est de s’assurer que les conducteurs possèdent un permis de conduire adéquat, accompagné d’une formation spécifique sur la sécurité routière. Imposer un certificat de formation pour obtenir une autorisation et introduire un contrôle technique périodique des motos. L’équipement (casques pour les conducteurs et les passagers, rétroviseurs, éclairage) et la couverture d’assurance sont obligatoires.
Enfin, les autorités ambitionnent d’organiser le secteur autour de coopératives d’habitat pour encourager les conducteurs à se regrouper en associations pour une meilleure organisation. Cela va faciliter leur représentativité et renforcer leur accès au financement. Les zones et itinéraires où les motos-taxis peuvent opérer pour éviter les conflits avec d’autres moyens de transport seront identifiées. Le renforcement d’infrastructures sera accompagné de campagnes de sensibilisation et de communication pour promouvoir le respect des règles et la sécurité avec un appui financier et matériel des conducteurs de motos-taxis.
Cette démarche participative et inclusive permettra de mieux structurer le secteur des motos-taxis tout en améliorant la sécurité, la qualité du service et les conditions de travail des conducteurs. Ces mesures visent à encadrer l’activité des « Jakarta » pour améliorer la sécurité des conducteurs et des passagers, tout en réduisant les actes de délinquance associés à ce mode de transport. Toutefois, elles suscitent des débats quant à leur impact économique sur les conducteurs, souvent issus de milieux modestes, qui dépendent de cette activité pour leur subsistance. Il est essentiel que les autorités et les conducteurs de Jakarta engagent un dialogue constructif pour trouver un équilibre entre la régulation nécessaire du secteur et la préservation des moyens de subsistance de nombreux jeunes Sénégalais.




