Les vrais chiffres connus, le recentrage lancé
La publication des rapports d’exécution budgétaire pour le quatrième trimestre 2024 (T4 2024) et le premier trimestre 2025 (T1 2025) ont été publiés par le gouvernement. Ils mettent en évidence une mobilisation des recettes satisfaisante en fin d’année 2024 et une compression en début 2025.
Un taux d’exécution de 103,91 % par rapport aux prévisions de la Loi de Finances Rectificative a été relevé avec des recettes et dons atteignant 4 005,21 milliards FCFA en fin d’année 2024. Ce bond qualitatif fait suite à une mobilisation des recettes internes de l’ordre de 3 877,10 milliards FCFA, représentant 96,8 % des recettes totales, avec une réalisation de 102,32 % de l’objectif annuel. La fiscalité a accompagné cette performance durant la fin d’année 2024. Pour le début d’année 2025, les recettes internes ont continué à monter, atteignant 1 019,82 milliards FCFA, soit une progression de 12,23 % par rapport à la même période de l’année précédente.
Les charges financières de la dette en hausse de 44,5 % par rapport à la fin de l’année précédente figurent parmi les postes les plus significatifs en fin d’année 2024. Au premier trimestre 2025, la tendance est restée la même avec une augmentation de 24 % par rapport à la même période en 2024.
Les dépenses de personnel ont également poursuivi leur dynamique croissante autant en fin d’année 2024 qu’en début d’année 2025 à cause de l’augmentation des effectifs des forces de défense et de sécurité, ainsi qu’avec une hausse des dépenses sociales et des indemnités.
Combinées à la chute des investissements directs de l’État, les procédures de passation de marchés ont eu un impact négatif sur les dépenses en capital en début d’année 2025.
Mais dans tout ça, qu’est-ce qu’un rapport d’exécution budgétaire ? Un rapport d’exécution budgétaire fournit un aperçu complet de la situation financière d’une organisation. Il sert de feuille de route pour une planification et un contrôle financiers efficaces des dépenses. Il a donc un rôle crucial dans la gestion financière et les processus décisionnels. Un rapport budgétaire bien préparé avec des données et des analyses financières précises, peut inspirer confiance aux investisseurs et parties prenantes potentiels. Sa publication régulière permet aux entreprises et aux partenaires sociaux, financiers et non étatiques de surveiller les performances financières tout en mettant à l’épreuve de leurs critiques les différentes décisions du gouvernement.
Loi de finance rectificative (LFR) recentrée autour des priorités.
Après la publication des rapports trimestriels d’exécution budgétaire, le gouvernement du Sénégal a proposé une loi de finance rectificative (LFR) aux députés. Son vote, intervenu le 28 juin dernier, a donné l’occasion au ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba d’expliquer aux représentants du peuple, les raisons de la baisse significative des investissements publics.
En l’en croire, le gouvernement a opté pour la rationalisation des dépenses pour se concentrer sur des projets à forte valeur ajoutée. Ainsi, plus de 200 projets inscrits dans la loi de finance initiale (LFI) ont ainsi été supprimés, car ils ne correspondaient pas à de véritables investissements productifs. Les ressources internes sur lesquelles l’Etat a plus de flexibilité ont été coupées ainsi que les dépenses d’investissements. C’est près de 336 milliards F CFA pour le premier poste et plus de 109 milliards F CFA de dépenses de fonctionnement.
Les dépenses de fonctionnement englobent plusieurs postes, comme le fonctionnement ordinaire, les transferts courants vers certaines agences. Dans le souci de préserver le parapluie social, les bourses d’étudiants, le fonctionnement des hôpitaux ou les bourses pour la sécurité familiale ont été préservées dans le cadre de la réforme budgétaire.
Cheikh Diba affirme que ce recentrage traduit une volonté du gouvernement de privilégier la qualité des investissements publics afin de soutenir la croissance économique sans sacrifier les missions sociales fondamentales.
Diagnostic du Plan de Redressement 2025–2028 du Sénégal
Le plan de redressement 2025–2028, présenté par le gouvernement sénégalais comme une alternative souveraine aux conditionnalités imposées par les institutions financières internationales, ambitionne de mobiliser plus de 6 200 milliards de FCFA en trois ans, soit environ 2 000 milliards par an. Cette somme est censée relancer une économie affaiblie par plusieurs facteurs d’ordre sociale, sécuritaire, diplomate… Le gouvernement souhaite financer ce programme sans endettement extérieur, sans recours aux bailleurs, en se fondant sur les « ressources propres ». Pour l’économiste Baye Abdou Diouf , ce plan est un paradoxe qui se lit dans la méthode de mobilisation des ressources. « Ces ressources sont le produit d’une fiscalité plus lourde sur une population déjà appauvrie, ou la valorisation de biens publics au profit d’acteurs privés ». Pour lui, le gouvernement s’engage dans une politique fiscale agressive, ciblant à la fois les petits contribuables, les entreprises locales déclarées, les revenus urbains visibles avec un secteur informel qui échappe en grande partie à l’impôt. « Cela revient à presser un citron déjà vidé par la crise, dans l’espoir d’en extraire encore quelques gouttes pour financer une relance qui n’a ni base industrielle ni moteur monétaire. Ce cercle vicieux se double d’un autre. On prend aux plus pauvres pour redistribuer sous forme de dépenses publiques, mais sans effet multiplicateur, puisque la demande globale reste comprimée, la production est exogène, et la monnaie est étrangère. L’économie nationale ne produit pas ce qu’elle consomme, n’exporte pas ce qui finance sa monnaie, et ne peut pas monétiser sa dette », explique monsieur Diouf.
Du côté de l’opposition, des contestations apparaissent. Le mouvement Sénégal Bi Ñu Bokk, mené par Barthélémy Dias parle de plan qui repose sur des hypothèses fragiles. Il dénonce une construction financière jugée irréaliste et redoute un effet de cascade « pour dégager de telles sommes, l’État n’aurait d’autres choix que d’alourdir la pression fiscale ou de réduire les dépenses sociales, au risque d’étouffer davantage des populations déjà éprouvées par l’inflation ». L’ancien maire de Dakar et ses partisans parlent également d’une répartition jugée incohérente. Pour eux, on ne peut à la fois prôner une rigueur nouvelle et perpétuer les privilèges d’un autre temps. « On demande aux populations de se serrer la ceinture pendant que l’exécutif conserve ses coussins en plumes », a laissé entendre un des membres dudit mouvement.
Le députe Abdou Mbow embouche la trompette en reprochant au Premier ministre d’avoir esquivé les vraies urgences. « Nous attendions des mesures sur la réduction du train de vie de l’État, la rationalisation des agences publiques, des mécanismes pour l’emploi des jeunes, des incitations pour l’investissement productif. À la place, on nous parle d’impôts à tout-va. Taxer une économie déjà en détresse est une faute politique et économique grave ». Selon le député, la fiscalité n’est pas une base de redémarrage, mais une conséquence d’un appareil productif solide. « Ce gouvernement semble croire qu’on peut tirer du jus d’un fruit déjà pressé. Pour l’élu du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, cette approche met directement en danger les franges les plus précaires de la population. « Toutes ces nouvelles taxes finiront sur le dos des consommateurs, qui sont déjà à genoux. Les gens n’ont plus de marge. Même les abonnés à des plateformes numériques, qui n’étaient pas dans le viseur fiscal jusqu’ici, seront touchés. » Il évoque l’absence de cap stratégique. « On enchaîne les effets d’annonce : « Solutions », « Le Projet », « Vision 2050″… Mais rien ne suit. Ce plan de redressement n’en est pas un. C’est un document d’ajustement sans ambition, sans souffle, sans moteur », tonne le militant de l’alliance pour la république.




