AXE DAKAR BANJUL : Renforcement des Liens Économiques et environnementaux
Le sommet Dakar-Banjul marque une étape clé dans le renforcement des relations entre le Sénégal et la Gambie. Axé sur des enjeux économiques, commerciaux et environnementaux, l’événement a permis aux dirigeants des deux pays de signer plusieurs accords stratégiques visant à stimuler les échanges transfrontaliers, promouvoir les investissements et lutter contre des problématiques communes. Cette rencontre a été l’occasion de réaffirmer l’engagement des deux gouvernements à travailler ensemble pour le développement harmonieux de la région.
Le Premier ministre Ousmane Sonko, a co-présidé avec le vice-président de la Gambie, Muhammed Jallow, la deuxième session du Forum économique sénégalo-gambien. Dans son allocution, il a salué la revitalisation des relations entre Dakar et Banjul, exprimant sa gratitude envers le président gambien, Adama Barrow, pour l’accueil chaleureux réservé à la délégation sénégalaise. Sonko a souligné l’importance de renforcer les liens économiques et commerciaux entre les deux nations, mettant l’accent sur la nécessité de faciliter les échanges transfrontaliers et de promouvoir les investissements mutuels. « Entre 2000 et 2023, le trafic commercial entre le Sénégal et la Gambie a généré 117 milliards FCFA. L’objectif, c’est d’atteindre 500 milliards de francs dans les années à venir », a indiqué le chef du gouvernement sénégalais.
Il a également insisté sur la mise en place de projets communs visant à stimuler la croissance économique et à créer des opportunités d’emploi pour les jeunes des deux pays. Ousmane Sonko a notamment insisté sur l’importance d’œuvrer en faveur d’une densification et d’une redynamisation de la coopération bilatérale existant depuis plusieurs décennies. « On note une évolution, mais des efforts restent à faire. Les 117 milliards de francs peuvent être multipliés par dix. C’est notre objectif. Nous devons faire en sorte que la Gambie soit davantage utile au Sénégal et vice-versa, dans tous les secteurs », a-t-il souligné. Il a rappelé l’importance d’accroître les investissements dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures, des transports, mais également dans le tourisme, les hydrocarbures, l’industrie.
De son côté, le vice-président gambien a salué la tenue de ce forum économique, estimant qu’en plus d’être un symbole d’unité, il constitue un mécanisme pratique permettant d’atteindre des objectifs communs de développement économique.
Un engagement du premier ministre sur l’éducation et la jeunesse
Lors cette visite officielle, le Premier ministre s’est rendu au lycée sénégalais de Banjul, situé à Kanifing. Accueilli chaleureusement par les élèves et le personnel, il a qualifié l’établissement de « symbole de tolérance et d’ouverture ».
Durant cette visite, les élèves ont exprimé plusieurs préoccupations, notamment le manque de laboratoires modernes, l’absence d’une bibliothèque adéquate, le déficit de blocs sanitaires et l’insuffisance de salles d’étude. En réponse, Ousmane Sonko a assuré que l’État sénégalais prendrait des mesures pour remédier à ces problèmes. Il a notamment confié au ministre des Forces armées, Birame Diop, la réfection de la bibliothèque, et au ministre des Infrastructures, Yankhoba Diémé, la réhabilitation et l’équipement du laboratoire. De plus, il s’est engagé personnellement à fournir de nouveaux ordinateurs pour la salle informatique, les équipements actuels datant de 2011.
S’adressant aux élèves, le Premier ministre les a encouragés à maintenir un esprit d’ouverture sur le monde, en particulier sur l’Afrique, et à résister à toute forme d’intolérance. Il a également félicité l’établissement pour ses excellents résultats scolaires, avec un taux de réussite de 98,78 % au Brevet de fin d’études moyennes (BFEM) et de 78,63 % au Baccalauréat en 2024.
Une Mobilisation pour Mettre Fin à la Coupe Illégale de Bois
Ousmane Sonko, a exprimé sa préoccupation concernant la coupe illégale de bois en Casamance. Il a souligné que, malgré les mesures précédemment mises en place, le phénomène persiste, menaçant gravement l’environnement et l’écosystème de la région. Il a insisté sur la nécessité d’une collaboration renforcée entre le Sénégal et la Gambie pour lutter efficacement contre ce trafic. Il a également annoncé l’organisation prochaine d’une rencontre interministérielle dédiée à cette problématique, visant à évaluer et à renforcer les stratégies de protection des ressources forestières.
En réponse, le gouvernement gambien a réaffirmé son engagement à coopérer avec le Sénégal pour mettre fin à ce trafic. Des mesures ont été prises, notamment la suspension de toutes les autorisations d’exportation et de réexportation de bois, ainsi que l’interdiction de l’abattage d’espèces protégées comme le Pterocarpus Erinaceus, connu sous le nom de bois de vène. Les autorités gambiennes ont également instruit le port de Banjul de refuser le chargement de bois dans tous navires, renforçant ainsi les efforts communs pour préserver les ressources forestières de la région.
Ce trafic commercial pourrait rehausser l’économie du Sénégal
C’est du moins l’avis de l’économiste Baye Abdou Diouf. Il pense que le Sénégal, dans beaucoup de secteur peut se redresser économiquement à partir de ses échanges commerciaux avec la Gambie. Par exemple sur le commerce transfrontalier « par une augmentation des infrastructures routières qui facilite la réduction du coût des produits, la fluidité des échanges et stimule l’activité économique locale ». Ce trafic selon l’économiste peut générer des emplois directs et indirects et une augmentation des recettes fiscales.
M.Diouf de préciser que sur cette coopération, le secteur primaire comme l’agriculture, la pèche, à travers un investissement sur les technologies agricoles et la prévention des ressources halieutiques pourraient garantir une sécurité alimentaire et accroitre les exportations. « Le tourisme également, par une collaboration transfrontalière du secteur, peut être dynamique exploitant la culture et le patrimoine des deux pays ». Au-delà, poursuit-il, l’éducation et la recherche, la culture et le sport, l’environnement avec des projets visant a protéger l’écosystème du fleuve Gambie peuvent être des leviers de développement durable.


Lors de ce Forum économique et commercial entre le Sénégal et la Gambie, 47 accords ont été signés dans divers domaines tels que la défense, la santé, la pêche, l’agriculture, le transport et le commerce. Ces accords visent notamment à renforcer la libre circulation des personnes et des biens, et à développer des infrastructures pour améliorer la connectivité entre les deux pays. L’objectif affiché est de multiplier par cinq les échanges commerciaux annuels, les portant à 500 milliards FCFA, contre 117 milliards FCFA en 2023.
Pour rappel en mai 2024, les deux nations ont conclu des ententes visant à accroître la production industrielle, encourager la valeur ajoutée et créer des emplois pour les jeunes. Une réunion est prévue en juillet à Saly, au Sénégal, pour adopter des mesures facilitant le commerce transfrontalier et promouvoir les investissements. Une coopération tripartite incluant la Guinée-Bissau est également envisagée pour finaliser un accord commercial et de transit lors de cette rencontre. Également en juillet 2024, les ministres de l’Industrie et du commerce des deux pays ont exprimé leur volonté d’augmenter le niveau des échanges commerciaux. Ils ont décidé de mettre en place une zone économique spéciale de production industrielle en Casamance, une initiative tripartite incluant également la Guinée-Bissau. Trois accords ont été signés à cette occasion, portant sur la métrologie, la sécurité sanitaire et le renforcement de la coopération bilatérale.




