FINALISATION DE L’ÉQUIPE DE RUPTURE
Doit-on comprendre le réaménagement du gouvernement intervenu en début de mois de septembre comme une finalisation de l’équipe de rupture du Pastef ?
En tout cas, Ousmane Sonko a les coudées franches pour accélérer la cadence des réformes et commencer la mise en œuvre du Plan de Redressement Économique et Social (PRES).



Dix-huit (18) mois après son installation, le gouvernement du Premier ministre Ousmane Sonko vient de connaître un chamboulement majeur. 6 permutations, 5 rentrants et 4 sortants ont marqué ce que Ousmane Sonko appelle un réaménagement stratégique pour répondre aux attentes des Sénégalais et surtout à commencer à concrétiser certaines promesses de campagnes.
L’enjeu selon Ousmane Sonko est de continuer les réformes tout en consolidant les acquis du nouveau régime. « Ce gouvernement ne sera pas un gouvernement de villégiature. C’est un gouvernement de travail, d’engagement. Je demanderai à chaque ministre de donner le meilleur de lui-même pour travailler 7 jours sur 7 et 20 heures sur 24. Le président de la République lui-même me soumet à ces mêmes exigences en tant que Premier ministre. C’est un gouvernement de travail, d’engagement. Comme je l’ai toujours fait à la tête de ce gouvernement, depuis qu’on est aux affaires, je serai intransigeant et très exigeant », a-t-il déclaré devant les marches du Palais durant l’annonce des membres du nouveau gouvernement.
Donnant les raisons qui l’ont poussé a apporté ces changements, le Premier ministre a souligné que la philosophie qui guide cette nouvelle équipe reflète les priorités et les valeurs auxquelles lui et le président de la République croient ; justice, emploi, agriculture, pêche, ressources extractives, industrialisation, infrastructures et culture.
Les départs de Ousmane Diagne à la tête du ministère de la Justice, et de Jean-Baptiste Tine au ministère de l’Intérieur ont cristallisé l’attention des analystes. A contrario, les arrivées du député Amadou Ba et de Me Bamba Cissé sont les rentrées les plus marquantes. Le changement de poste de Yassine Fall des Affaires étrangères à la Justice a aussi fait parler.
Pour beaucoup, il s’agit d’une réorganisation institutionnelle stratégique qui permet au régime d’entamer une de ses plus grandes promesses : la réédition des comptes et le respect de ses engagements électoraux quant à la lumière sur les faits survenus entre 2019 et 2024. La nomination à la tête de la Justice de Yassine Fall prend une épaisseur plus importante au regard de ses anciennes positions quant aux poursuites judiciaires et autres sanctions qui doivent suivre les enquêtes ouvertes depuis 2019. Ce qui fait dire aux partisans du Premier ministre que cette nomination est un coup d’accélérateur sur le processus de réédition des comptes qui est devenu une épine du pied du Pastef et de ses partisans. La nouvelle garde des Sceaux ministre de la Justice est attendue sur la question des rapports des corps de contrôle et sur l’application des conclusions des Assises de la Justice.
L’ancien coordonnateur du pool des avocats de Ousmane Sonko devenu ministre de l’Intérieur, Me Bamba Cissé doit désormais relever d’énormes défis sécuritaires et sociaux. Son arrivée est un signal fort en direction des insulteurs et autres détracteurs du régime qui passaient leur temps à invectiver le président et son Premier ministre. En plus de siffler la fin de la récréation, il aura la lourde tâche de créer les conditions d’un cadre de travail apaisé avec l’opposition qui crie déjà à sa partialité avant sa prise de fonction.
Ce nouveau gouvernement transparaît comme un second souffle pour le régime qui avait besoin de corriger et réajuster les difficultés rencontrées depuis 18 mois. Surtout que le Premier ministre a présenté son Plan de Redressement Économique et Social (PRES) et a besoin d’hommes et de femmes de confiance qui pourraient l’aider à atteindre ses objectifs. Ousmane Diagne et le général Jean-Baptiste Tine homme du sérail et technocrates paraissaient comme des freins à l’accélération du traitement des dossiers relatifs à la gestion des finances du régime passé, mais surtout à la finalisation des enquêtes qui pourraient éclairer la lanterne des Sénégalais sur les niveaux de responsabilité de chacun dans les événements politiques sanglants qui ont marqué l’histoire récente du Sénégal. En conclusion, ce remaniement renforce le Premier ministre, Ousmane Sonko qui sort plus fort politiquement et plus libre dans le choix de ses hommes. Il a maintenant les cartes en main pour mener à bien les réformes qui permettront d’entamer la première partie de son PRES dans les meilleures conditions.
FDR : Aucun signal positif
Du côté de l’opposition regroupée autour du Front pour la Défense de la Démocratie et de la République (FDR) le sentiment le mieux partagé est la profonde déception face au remaniement gouvernemental du 6 septembre 2025. Dans un communiqué distribué à la presse, la plateforme de l’opposition regrette que ces changements ne donnent « aucun signal positif concernant la prise en charge de leurs véritables problèmes de survie quotidienne ». A en croire le FDR, le nouveau gouvernement composé de partisans de la ligne dure du Pastef va poursuivre sa politique de vengeance et de restriction des libertés publiques à l’endroit des anciens détenteurs du régime et de la nouvelle opposition.




