FORUM DES SYSTÈMES ALIMENTAIRES AFRICAINS
Le pouvoir de transformer le continent
La 19e édition du Forum Africain sur les Systèmes Alimentaires a été une occasion pour des ONG, des chercheurs et entrepreneurs, venus de 80 pays de pointer l’urgence d’une modernisation du secteur agricole. Grâce à l’innovation, ils comptent transformer le continent par l’agriculture pour en faire un employeur intéressant pour les jeunes et un levier de développement.
Le Forum Africain sur les Systèmes Alimentaires, est le premier forum mondial consacré à l’agriculture et aux systèmes alimentaires africains. Il rassemble les parties prenantes du secteur afin de prendre des mesures concrètes et de partager les enseignements qui permettront de faire progresser les systèmes alimentaires africains. Il a pour objectif de stimuler la volonté politique et de faire avancer les politiques, les programmes et les investissements susceptibles de participer à une transformation inclusive et durable des systèmes alimentaires. Le chef de l’Etat Sénégalais Bassirou Diomaye Diakhar Faye, qui a pris part à cette rencontre a rappelé que le continent africain détient 65 % des terres arables de la planète. S’y ajoute une main d’œuvre abondante que lui confère la jeunesse de sa population, 60 % ayant moins de 25 ans. Et selon les projections, en 2050, il y aura 2,5 milliards d’Africains, dont 600 millions de jeunes supplémentaires en âge de travailler.

Pourtant, l’Afrique est toujours victime d’insécurité alimentaire. D’où l’urgence d’inverser la tendance. « Nous sommes à un tournant décisif. Nous devons mettre la jeunesse au cœur de nos politiques de développement », a-t-il déclaré. Diomaye Faye a insisté sur la nécessité d’investir massivement dans la modernisation de l’agriculture, la maîtrise de l’eau, la transformation locale de la production agricole pour un développement de chaîne de valeurs et le commerce intra-africain. Il n’a pas oublié d’y associer l’innovation et la digitalisation pour encore mieux rendre l’agriculture attractive pour la jeunesse africaine. Cette jeunesse en qui il voit le moteur d’une renaissance africaine fondée sur la souveraineté, l’innovation et le développement partagé. La prise en charge des systèmes alimentaires devient ainsi une nécessité pour nos gouvernants d’après le cinquième président du Sénégal qui évoque les facteurs bloquants aggravés par les changements climatiques et des phénomènes météorologiques aléatoires non maîtrisés. La faiblesse des rendements relève, selon lui, « le caractère rudimentaire des méthodes utilisées par les agriculteurs qui, jusqu’à présent, ne comptent que sur la saison des pluies. Des facteurs qui contribuent à la persistance de la faim et de la sous-alimentation en Afrique ».
En rappelant le rapport de la FAO publié en 2024 sur l’état de la sécurité alimentaire et qui révèle que plus de 700 millions de personnes ont souffert de la faim dans le monde durant l’année précédente, en particulier en Afrique. Le président Faye affirme que cette situation nous éloigne davantage de l’atteinte de l’objectif de développement durable numéro 2, c’est-à-dire : zéro cas de faim à l’horizon 2030. Il ajoute en ces termes « si les tendances actuelles persistent, plus d’un demi-milliard de personnes seront sous-alimentées de manière chronique en 2030, parmi lesquelles la moitié vivra en Afrique. Le Continent, est donc celui qui risque le plus de faire face à l’insécurité alimentaire ».
Pour cette 19e édition, le Forum africain sur les systèmes alimentaires avait pour thème « jeunesse, fer de lance de la collaboration, de l’innovation et de la transformation des systèmes alimentaires ». Dans ses objectifs, le Forum vise à faire de la jeunesse africaine le moteur du développement agricole. Une démarche qui nécessite la mobilisation de moyens conséquents comme le rappelle la déclaration de Maputo de 2023 qui recommande l’allocation au moins de 10 % du budget national à l’agriculture. L’agenda national de transformation, dont l’agriculture est un des grands piliers s’appuie sur cette logique selon le président. « Nous investissons dans des modèles de production inclusifs et durables tels que les Coopératives Agricoles Communautaires (CACs), pour réduire notre dépendance aux importations de denrées de base. Nous avons aussi entamé des réformes importantes, notamment sur la loi sylvo-pastorale, la régulation des importations et la transparence dans la gestion des intrants agricoles » a-t’il expliqué devant ses hôtes venus différents pays.
Il a terminé son discours en réaffirmant cette capacité pour l’Afrique d’atteindre ses objectifs de développement durable. « Pour se nourrir, l’Afrique devra compter d’abord sur elle-même. Elle doit s’inscrire dans une dynamique de solutions endogènes, en puisant dans son énorme potentiel. Ensemble, travaillons à briser le vieux mythe selon lequel l’agriculture est un secteur de survie, réservé aux adultes sans perspectives. Rendons les campagnes plus attractives par leur désenclavement, l’accès aux services sociaux de base, et des investissements mettant en valeur le potentiel économique de chacune d’elles. Œuvrons à la promotion du commerce intra-africain en saisissant les opportunités de la Zone de Libre-Échange continentale africaine (ZLECAf), pour faciliter un accès rapide aux produits et leur écoulement. Encourageons l’émergence d’un secteur privé fort capable d’investir dans l’agrobusiness et d’approvisionner nos marchés domestiques, et de vendre les surplus à l’extérieur. Un secteur privé capable d’accompagner les processus d’industrialisation par le développement de chaînes de valeur au niveau local. Unissons nos volontés, mobilisons nos ressources, et faisons de la création de systèmes alimentaires robustes, le moteur d’une renaissance africaine fondée sur la souveraineté et le développement partagé », a-t-il conclu.
Son homologue rwandais, Paul Kagame, a aussi partagé le modèle agricole de son pays qui, à l’instar des autres pays du continent, fait face à des difficultés, notamment la faible production.
Pour pallier ces problèmes, le président rwandais estime que la transformation passera nécessairement par un changement des mentalités et des pratiques agricoles en déphasage avec l’évolution du monde. Ainsi, au Rwanda, des changements significatifs ont déjà été opérés dans ce sens, à travers un partenariat de base avec différents pays du monde et avec le secteur privé. L’idée, d’après Paul Kagame, est d’attirer ce type d’investissement. Il a mis en avant le partenariat qui lie son pays à la Société Financière Internationale (SFI). « Ce partenariat a aidé le Rwanda à créer un plan d’initiative de smart agriculture, qui fonctionne à travers le pays et touche les petits agriculteurs », explique-t-il. Il fait savoir à tous les pays africains, qu’aujourd’hui, il faut une véritable coopération à tous les niveaux. Et le gouvernement en est indéniablement le pilier central, mais à côté de cela, il faut accorder une attention particulière à la jeunesse, qui constitue la plus grande proportion de la population. Pour cette jeunesse, il martèle qu’elle doit être active, engagée et innovantes.
« Je tiens à dire aux jeunes africains que la première chose qu’ils doivent savoir, c’est qu’ils sont au cœur des activités de nombreux gouvernements, comme c’est également le cas dans mon propre pays le Rwanda. Mais ils doivent avoir un sens de l’obligation », lance-t-il.
Pendant cinq jours, acteurs et gouvernants ont échangé et proposé des solutions innovantes pour une transformation profonde en endogène de l’agriculture africaine. Le résultat attendu est de parvenir à repousser les limites des systèmes alimentaires actuels afin de construire un modèle africain plus inclusif, résilient et durable.




