La machine judiciaire est lancée
« La reddition des comptes va démarrer dès la semaine prochaine », avait lancé le Premier Ministre Ousmane Sonko lors de son passage devant les députés à l’Assemblée nationale durant la séance de questions d’actualité. C’est chose faite : les différents rapports des corps de contrôle réalisés sous le régime de Macky Sall ont été transmis au parquet.
Dès que le coude posé par le président de la République sur les nombreux rapports sur la gestion des deniers publics a été levé, le traitement des rapports par les services concernés est effectif. Avec diligence les personnes et structures incriminées par les enquêteurs ont été convoquées pour explications.
L’ancien directeur général de la Lonase et ministre des Sports sous le régime de Macky Sall, Lat Diop fut le premier nom célèbre a fuité. S’en est suivi les noms de l’agent du trésor Tabasky Ngom et du député maire de la commune de Agnam Farba Ngom. Pour le grand public, ils sont les premières victimes de la politique de reddition des comptes lancée par le nouveau régime au Sénégal.
Face aux accusations récurrentes de « règlements de comptes politiques », Ousmane Sonko a pris la peine revenir sur les réalités du contexte politique et de défendre la légitimité de la démarche entreprise par les nouvelles autorités. Pour lui, ces opérations de reddition de comptes entrent dans le cadre des engagements électoraux du Président de la République. Un tel exercice doit aller de pair avec la mise en œuvre des actions requises pour bâtir une patrie forte souveraine et prospère portée par un sursaut national face aux nombreux défis à surmonter dans le contexte de la situation critique des finances publiques. « La reddition des comptes dans un pays normal, c’est un exercice ordinaire… Nous ne sommes pas là pour venger X ou Y », a-t-il commenté devant les députés.
Cependant, il se veut clair, la justice fera son travail, « mais dans les règles de l’art. Ils ne doivent pas violer la loi. On ne peut pas combattre une chose hier et l’accepter aujourd’hui » a-t-il préciser.
Des précisions qui ne sont de mises pour l’ancien ministre de l’agriculture, Aly Ngouille Ndiaye. Pour lui, la reddition des comptes n’est pas négociable en démocratie. « Il faut aller vers un état des lieux exhaustifs de la situation du pays. Les Sénégalais ont voulu ce changement, car ils ont faim, ils veulent se soigner, ils veulent être en sécurité éducatif », a-t-il déclaré sur la question interpellée par la presse.
Jusqu’au début du mois de mai, la reddition des comptes se poursuit avec plus de 250 interpellations et plus de 15 milliards de FCFA récupérés en 7 mois, selon le pôle judiciaire financier qui a organisé une conférence de presse dirigée par son procureur. Le maître des poursuites traite principalement pour le moment le dossier qui concerne notamment l’utilisation d’un fonds dédié à la lutte contre le Covid-19 évalués à 1000 milliards de FCFA. L’Assemblée nationale a approuvé les résolutions de mises en accusation de cinq anciens ministres dont certains sont actuellement députés. Ndéye Salimata Diop Dieng ancienne ministre de la Femme, de la Famille, du Genre et de la Protection des enfants, Moustapha Diop, Ismaila Madior Fall, ancien ministre de la Justice garde de sceaux, Mansour Faye ministre des infrastructures et Aissatou Sophie Gladima ministre du pétrole et des mines sont maintenant à la disposition de la Haute Cour de Justice. La Haute Cour de Justice étant la juridiction compétente pour juger les ministres pour des faits commis dans l’exercice de leurs fonctions.
Une procédure critiquée par les membres de l’opposition qui parlent de justice téléguidée. Dans sa défense, le député maire de Louga Moustapha Diop a affirmé qu’il a scrupuleusement respecté les directives et procédures en cours durant la pandémie du Covid. A cet effet, cette mise en accusation n’a pas de sens du fait des différents visas d’approbation du contrôle budgétaire jusqu’au secrétariat du gouvernement. « le paiement en espèces n’est pas un délit pénal mais une faute relevant de la chambre de discipline de la cour des comptes qui a déjà sanctionné les responsables », a déclaré pour sa défense celui qui était alors ministre du Développement industriel et des PME.
Selon l’hebdomadaire « Le Témoin », le Président de la république, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, toujours dans le cadre de la reddition des comptes a déjà lancé l’IGE aux trousses de 70 Ministères, Agences et Fonds publics dont la Société d’exploitation du Train express régional (SENTER), le Fonds de soutien de l’Energie (FSE), la Commission d’attribution des licences de pêche, les Fonds destinés à la pêche artisanale, Air Sénégal, Aide à la Presse nationale, le Fonds d’appui à l’édition (FAE), l’Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux (APIX), l’Aéroport international Blaise Diagne de Diass (AIBD), Handling (2AS), le Fonds d’entretien routier autonome (FERA), La Poste, la Société africaine de raffinage (SAR), le Budget Coupe du Monde (Qatar 2022), la Coupe d’Afrique des Nations (Can 2024), la Loterie nationale sénégalaise (LONASE) , la Caisse des dépôts et consignations (CDC) , l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP), l’Office des lacs et cours d’eau (OLAC), le Conseil exécutif des transports urbains durables (CETUD), l’Agence autonome des travaux et gestion des routes (AGEROUTE), l’Autoroute Ila Touba, le Building administratif de Dakar.
Au-delà de la reddition des comptes : le travail
Le Premier ministre, en conseil des ministres, a souligné que les opérations de reddition de comptes en cours, sont une exigence dans une démocratie. À cet égard, il a informé que le Gouvernement présentera, dans les prochains jours, au peuple sénégalais et aux partenaires techniques et financiers, un plan structuré, détaillé et chiffré de relance, adossé à l’Agenda national de transformation systémique du pays.




